Bejas inunda de color Bayonne

Conseil de culture de Bayonne

Comme promis : “Un artiste peintre et plasticien spectaculaire et lumineux vient d’installer ses œuvres à la Galerie des Corsaires. Bejas est de Cullera, un charmant pueblo tout près de Valence dont il porte à merveille l’exubérance chamarrée.
Ce touche à tout a posé son atelier au quartier Marracq à Bayonne. Quelques semaines après son arrivée, c’était paella pour tout le monde dans son voisinage le plus proche. L’homme est grand et vous communique une belle énergie dès la poignée de main.
A l’entrée à gauche de la galerie, un seul tableau figuratif, histoire quand même de ne pas passer pour un barbouilleur iconoclaste. L’influence de Sorolla y Bastida, le grand post-impressionniste valencien, affleure incontestablement. Tout le reste de ce qui est exposé éclate d’un bouillonnement de couleurs vives que Bejas marie prodigieusement sans les fondre. La mer est là, toute proche. Ses fonds surtout. Plutôt la Méditerranée, avec des bleus profonds et des yeux dignes des plus grands fantasmes du Capitaine Nemo.
Bejas peint, mais confectionne aussi des vêtements de peau de veau donnant aux femmes qui les portent une sorte de sensualité contenue qui, je l’avoue, m’a entraîné, sans harcèlement aucun je le jure, à quelques caresses furtives sur une ou deux épaules.
Ses chaussures donnent au pied une condition improbable. Des poils encore, des bouts de corne, des tissus d’arc en ciel…Le pied revu par Bejas quitte le rôle mineur et de simple terminaison organique que nous lui conférons pour participer de l’explosion générale de la tenue vestimentaire.
Bejas, samedi, lors du vernissage, de sa chemise berlingot à ses pieds de confiserie, acidulée itou, avançait en arborant son œuvre faite du bonheur de foire du trône qu’elle se veut propager. Cet homme ne porte pas son art en secret, dans cette austérité lassante de toute une génération de chez nous. C’est un monsieur Carnaval assumé, mais avec un réel souci d’élégance soulignée, par exemple, par un pantalon noir classique, ou, sur ses toiles, par des brillances étincelantes que seule une technique très maîtrisée peut susciter.
Bejas est comme sa peinture et ses racines incandescentes de Fallero convaincu. Il ne recule devant aucun excès chromatique. En voilà un qui ne doit pas lésiner sur le safran lorsqu’il prépare sa paella d’amitié du côté de Marracq. J’ai vu au vernissage quelques notables bayonnais, voisins du maître valencien, cachant difficilement leur plaisir de cette rencontre encanaillée.
Bejas est généreux. Comme dans sa vie, avec ses huit enfants, dont beaucoup l’avaient rejoint samedi. Avec ses chaussures aux frontières du dadaïsme, sa chemise plastifiée aux flous colorés des sucettes géantes qui voisinent toujours avec les barbes à papa.
Je vais vous dire, par ces temps de grisaille, un tour à la Galerie des Corsaires va vous faire croire à nouveau au soleil. Quant à moi, je rêve de passer un jour devant chez Bejas à l’heure de la paella. A la façon dont il m’a parlé du riz de Cullera en fermant les yeux de bonheur, j’étais déjà emporté vers sa terre natale où on a le formidable privilège de voir le soleil avant les autres.” Yves Ugalde

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